Mónica Valencia, la reine des cosmétiques d'Amazonie

Interview de Mónica Valencia, entrepreneuse à la tête de Carelab, une entreprise de cosmétique naturelle qui puise sa richesse de la nature colombienne. Elle nous fait part de son expérience en tant que femme entrepreneur.


« Nous pouvons être une mère, une épouse, une amie, une entrepreneuse, et [...] nous pouvons réussir dans tous ces domaines »


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?


Je m’appelle Mónica Valencia, j’ai 33 ans et je suis colombienne. Je suis mariée et j’ai 2 enfants de 3 ans et 1 an. J’habite en France depuis 12 ans.


En quoi consiste votre métier exactement ?


Je suis la fondatrice de Carelab. Mon activité a deux axes de développement. Le médical et la cosmétique naturelle. Pour le médical, je commercialise en France et à l’export des équipements de physiothérapie et des consommables médicaux. Pour ce qui est de la cosmétique naturelle, je commercialise des produits terminés et des matières premières. Ces derniers, je les appelle des niches, c’est-à-dire qu’ils viennent d’une localisation particulière : de l’Amérique du Sud, avec en priorité l’Amazonie et la Cordillère des Andes.


Quel parcours avez-vous suivi pour en arriver là aujourd’hui ?


J’ai un long parcours. Commençons par le parcours académique. J’étais avocate d’affaires en Colombie, puis j’ai voulu poursuivre mes études en France. J’ai fait un Master en Droit international privé. Ensuite j’ai fait un deuxième Master en Droit des affaires et des entreprises. Enfin, j’ai fait une école de commerce. Par ailleurs je parle trois langues.


Pour ce qui est de mon histoire personnelle, j’ai quitté la Colombie à l’âge de 20 ans. Je voulais absolument découvrir de nouveaux horizons. Je suis partie aux États-Unis pendant un an. Je travaillais dans une chambre de commerce qui liait les gouvernements des pays de l’Amérique du Sud aux grosses entreprises des États-Unis. Je cherchais des investissements. Ce poste m’a permis de rencontrer beaucoup de monde.


C’est là où j’ai découvert ma passion pour le business. Il faut dire que de base, je viens d’un parcours juridique. J’ai eu une proposition de travail en France alors que j’avais 23 ans. Mon travail était basé autour du business development pour une start-up. Je gérais l’importation de produits alimentaires hauts de gamme de la Colombie vers la France.


Mon deuxième travail c’était dans l’industrie cosmétique. J’étais la responsable développement de toute la zone Amérique du Sud. Enfin, mon dernier travail était dans le secteur médical. J’y ai travaillé durant cinq ans en tant que responsable export. Je gérais l’expansion mondiale de l’entreprise.


Comment est née l’idée de votre entreprise ?


Déjà par passion. J’ai eu l’immense chance de pouvoir travailler dans l’industrie cosmétique en France. J’y ai appris énormément de choses, y compris sur ma propre culture. En cosmétique, la référence mondiale c’est la France. Que ce soit au niveau des techniques de fabrication, de développement des molécules, des textures, des formulations... Mais au niveau des matières premières c’est différent. J’ai donc appris de ma propre culture car étant responsable de la zone Amérique latine, j’avais l’occasion de vendre mais aussi d’acheter. Ma mission c’était aussi d’identifier des produits naturels rares, hors du commun.


C’est là où j’ai découvert la richesse que possède notre écosystème dans la région d’Amérique du Sud. Nous avons l’écosystème le plus grand de la planète avec l’Amazonie et la Cordillère des Andes. J’ai découvert des ingrédients incroyables qui ont réveillée en moi cette passion et cette envie de mélanger l’expertise cosmétique à ces raretés apportées par la nature.


Carelab a deux facettes. « Care » fait référence au produit. Mon entreprise propose des produits naturels, bons pour la santé, qui ont un sens, qui apportent un bénéfice aux autres.


Vient le côté lab. Je cherche tous les jours de nouvelles tendances, des nouvelles idées, des nouveaux ingrédients encore méconnus dans la cosmétique. Des ingrédients gardés précieusement et secrètement dans la forêt amazonienne... C’est cette réflexion qui m’amène à nourrir tous les jours ma gamme et à apporter des nouveautés en France et en Europe.


À quand remonte votre intérêt pour le secteur biologique/naturel ?


J’ai grandi en Colombie et pour nous tout ce qui est naturel est tellement banal vu que nous grandissons là-dedans. Mais ce n’est pas là où la passion est née. C’est lorsque j’ai quitté mon pays et que j’ai commencé le travail dans le secteur cosmétique en France que j’ai commencé à y prêter attention. Je me demandais pourquoi nous n’utilisions pas tous ces actifs issus de la nature qui m’entouraient alors quand j’étais petite. Je me suis dit que ces produits que nous mettons pour l’acné pourraient être nettement mieux avec le fruit x ou y. En gros, c’est quand j’ai vu comment cela se passait ailleurs que je me suis intéressé au secteur naturel.


Pensez-vous qu’il soit plus difficile pour une femme d’être entrepreneur ?


Oui, c’est plus dur pour une femme d’être entrepreneur. C’est plus dur pour une raison. Ce n’est pas uniquement pour le fait d’être une femme, c’est le fait qu’aujourd’hui je suis une maman. Lorsque nous n’avons pas d’enfants, il n’y a pas de différence entre un homme et une femme. Car évidemment qu’au niveau des compétences nous sommes autant capables que les hommes. Nous pouvons faire le même métier sans problème.


Par contre, je pense que la difficulté additionnelle c’est d’être mère. Car être maman c’est comme un deuxième travail. C’est très éprouvant physiquement et mentalement d’être un peu partout. Surtout lorsque nous démarrons en tant qu’entrepreneur. Mon activité remonte à à peine un an. C’est énormément d’énergie, énormément de travail. En plus mes enfants sont en bas âge, donc ils sont encore très dépendants de leur mère. Avoir les deux activités est très compliqué, mais en même temps je vois cela comme quelque chose de positif et non de négatif. Cela me donne du sens, de la motivation au quotidien.


Quel est votre plat colombien préféré ?


Mon plat colombien préféré c’est la bandeja paisa. C’est un plat à base d’haricots rouges, de riz, de viande hachée, d’avocat, de banane plantain frite et d’œuf. La cuisine colombienne c’est beaucoup de partage. C’est quelque chose qui se reflète dans mon entreprise : je souhaite partager ma culture.


Quel est votre plat français préféré ?


J’en ai plusieurs. J’aime beaucoup l’agneau, le foie gras et le magret de canard notamment. Je suis une amoureuse de la cuisine et de la culture française !


Quelle est la région de Colombie que vous préférez ?


Je dirais Medellín, que je conseille par ailleurs beaucoup aux gens. C’est situé dans la région d’Antioquia. Il y a un beau mélange de paysages de montagnes et de progrès d’une culture qui a été impactée très fortement par la violence. Aujourd’hui c’est la région la plus développée de la Colombie, et même une des régions les plus développées d’Amérique du Sud. Cette région est magnifique et les gens sont très sympathiques. C’est le résultat d’efforts et de travail. C’est un exemple pour tout le pays car Bogota, la capitale, n’arrive pas à faire aussi vite que cette région-là. Pour tout vous dire, Bogota n’a toujours pas de métro.


Pouvez-vous nous donner 3 de vos principales qualités et 3 défauts ?


Une de mes qualités est d’être positive. Je suis aussi ouverte d’esprit et je suis très dynamique. Le plus gros de tous mes défauts est d’être très impatiente. Comme je suis très passionnée, je tends à travailler un peu trop et à en oublier de prendre des pauses. Enfin, je manque d’organisation, ce qui est un gros défaut lorsqu’on est entrepreneur.


Cela fait maintenant plus de 10 ans que vous êtes en France. Y-a-t-il encore des choses qui vous paraissent étranges, culturellement parlant ?


J’aime beaucoup la culture française, mais je trouve que c’est une culture qui manque un peu d’ouverture d’esprit. En France les gens ne parlent pas facilement d’autres langues. J’ai aussi l’impression qu’ils n’aiment pas les changements. Ils n’en voient pas les côtés positifs. Bien sûr, je ne suis pas en train de généraliser et je sais que tous les français ne sont pas comme cela.


Et à contrario, y a-t-il des choses qui vous paraissaient normales en Colombie et qui aujourd’hui, après plus de 10 ans passés en France, vous paraissent étranges ?


Absolument. Quand je retourne en Colombie je me sens bizarre. Je ne me sens pas chez moi à 100%. Il y a des choses de France qui me manquent. Bien sûr en Colombie, il y a la famille, le soleil, la nourriture, c’est ressourçant... Mais il y a des choses qui me gênent maintenant, que je remarque alors qu’auparavant je ne les voyais pas. Il faut que les Colombiens travaillent sur la planification, les structures, le travail organisé. Mais quoi qu’il en soit, j’essaie de ne garder que le positif de la culture.


Quel est le mot français que vous avez le plus de mal à prononcer ?


Le mot « cru ». Le « r » avec un « u » sont difficiles à prononcer pour moi.


Plutôt café ou thé ?


Thé.


Plutôt séries ou films ?


Séries.


Plutôt salé ou sucré ?


Sucré.


Plutôt Paris ou New York ?